naar top
Menu
Logo Print
20/02/2018 - MARIE VERHULST

LES JEUNES BENEFICIENT DE L'APPRENTISSAGE DOUBLE

L'enseignement en boulangerie par Guido Devillé

guido devillé

Où en est l'enseignement dans le secteur de la boulangerie? Les étudiants diplômés trouvent-ils rapidement du travail, et les boulangeries accueillent-elles facilement des stagiaires? L'enseignement en boulangerie est un sujet très vaste. Les nouvelles technologies ont fait retrouver un peu de ses couleurs à ce métier qui avait tendance à être délaissé par les jeunes générations. Mais c'est aux boulangers d'aujourd'hui qu'il incombe surtout d'investir dans les jeunes pour assurer la pérennité de leur métier. Guido Devillé, président de l'ASBL Aspirant Baker et conseiller-formateur pour le secteur de la boulangerie et de l'enseignement en Flandre, voit déjà l'avenir de la boulangerie d'un bon œil, notamment grâce au système d'apprentissage en entreprise.

 

PROBLEMATIQUE DES STAGIAIRES

“Les écoles se plaignent que de moins en moins de boulangers acceptent des apprentis pendant certaines périodes de l'année. Cela s'explique surtout par le fait qu'un apprenti demande du temps, et que les professionnels en manquent cruellement. Participer à la formation des jeunes est pourtant très intéressant sur le long terme, et dans la plupart des cas, il s'agit d'un investissement rentable à terme. Lorsque le boulanger recherche du personnel, un stagiaire qualifié qui connaît déjà le magasin sera évidemment une option très intéressante."

Satisfaction

“Par ailleurs, c'est très satisfaisant pour un boulanger d'apprendre à un jeune les ficelles du métier et de partager son savoir-faire. Bien que cet investissement à long terme, qui n'est d'ailleurs pas vraiment mesurable, soit trè intéressant et puisse rapporter beaucoup, le boulanger zappe souvent cet aspect. Beaucoup se plaignent de ne pas trouver de personnel qualifié, mais cette solution permettrait pourtant de former des collaborateurs fiables et facilesà embaucher par la suite."

Avantages

“De plus, le boulanger peut également tirer des leçons des méthodes professionnelles et des techniques de l'étudiant qu'il forme. Un stage peut donc être intéressant pour les deux parties. Lorsque je donnais encore cours, j'organisais de temps en temps un cours libre pendant lequel les élèves pouvaient choisir eux-mêmes ce qu'ils allaient faire. C'est quelque chose de très enrichissant. Et je le conseille vivement aux boulangers qui travaillent avec un stagiaire. Cela stimule vraiment la créativité de l'élève, et vous en tirerez aussi toujours quelque chose."

Obstacles

“Le revers de la médaille, c'est l'attitude des jeunes qui a radicalement changé par rapport à ce que l'on voyait il y a une vingtaine d'années. Ils occupent une place très différente dans notre société aujourd'hui. Aujourd'hui, les jeunes ont plutôt tendance à faire leur shopping parmi les offres d'emploi. S'ils ont des vues sur un poste particulier, ils n'hésitent pas à changer d'employeur. Ce n'est plus une génération qui reste quinze ans dans la même entreprise. La mentalité a aussi beaucoup évolué. Autrefois, nous vivions pour aller travailler, aujourd'hui on travaille pour vivre. Travailler le week-end en rebute plus d'un même pour gagner sa croûte."

inschrijvingen onderwijs bakerij opleidiingen

 

IMAGE NEGATIVE DU BOULANGER

“Un boulanger a récemment cessé ses activités. Et il était heureux que ses enfants ne reprennent pas ses affaires car 'ce sont de très longues journées et vous n'avez plus de vie sociale', a-t-il dit. Mais en parlant ainsi de votre propre métier, c'est certain que vous n'allez pas attirer les jeunes dans ce secteur ni les convaincre de reprendre une boulangerie. Et je trouve cela vraiment dommage."

Un si beau métier

“Il y a aussi tellement de belles choses à mettre en avant par rapport au métier de boulanger! Vous préparez des mets gourmands, vous rendez les gens heureux, vous pouvez laisser libre cours à votre créativité, etc. De plus, je pense qu'il y a des métiers franchement plus difficiles que boulanger. Les professionnels de la construction sous les intempéries et le vent, ou encore les métiers des soins de santé qui sont également très contraignants, pour ne citer qu'eux. Le métier de boulanger doit son image négative au fait que les boulangers ne parlent pas assez des bons côtés de ce travail. Aujourd'hui, les techniques et les machines rendent le travail nettement plus agréable et réduisent au minimum le travail de nuit, ce qui offre énormément de possibilités."

INTERET POUR LA FORMATION

“Ces cinq dernières années, nous avons enregistré une hausse des inscriptions dans les écoles de boulangerie, et aujourd'hui elles sont stables. Cela s'explique entre autres chosespar les nombreux programmes de cuisine à la télévision, qui éveillent un certain intérêt auprès des jeunes. Les différents concours organisés conduisent aussi les jeunes vers les formations en pâtisserie et boulangerie."

APPRENTISSAGE DOUBLE

“Les formations évoluent constamment. On s'écarte de plus en plus de formations classiques. Nous sommes en plein projet-pilote avec le concept d'apprentissage 'double'. Les élèves prêts à travailler ont l'occasion d'acquérir de l'expérience en entreprise, ce qui évite de les lasser de l'école. Mais pour moi, l'apprentissage double offre de nombre avantages aux jeunes. Ce n'est évidemment pas la formule idéale pour tout le monde. Ceux qui ne sont pas encore prêts à travailler font mieux de rester quelques années de plus à l'école si nécessaire. L'objectif est également que les techniques de base soient apprises à l'école jusqu'à être maîtrisées."

Moins d'abandons

“Je suis convaincu que l'apprentissage double permet de voir beaucoup plus vite en quoi consiste un métier, et d'en tirer davantage d'apprentissage. Après les deux premières années de formation, nous avons enregistré beaucoup d'abandons. Mais je suis certain que cette proportion va diminuer grâce à la formule de l'apprentissage double. Il y aura toujours des étudiants qui abandonnent, mais ils pourront ici voir plus vite en quoi le métier pour lequel ils se forment consiste vraiment, et décider plus vitesi cela leur convient ou non. L'apprentissage double a pour avantage d'enseigner directement des méthodes de travail productives. La formation purement scolaire apprend aux élèves à préparer des gâteaux ou de bons sandwiches. L'apprentissage double permet de prendre directement conscience de la productivité et du rythme de travail en boulangerie."

Projet-pilote

“Le projet-pilote est en cours depuis plusieurs mois déjà, et se poursuivra jusque fin 2019. Six écoles participent au projet et au total, nous comptons vingt élèves en apprentissage double. C'est un petit groupe suivi de très près, et les premières réactions sont déjà positives. Naturellement, certains éléments vont devoir être améliorés, mais ce qui est intéressant dans ce genre de projet-pilote, c'est que nous apprenons de nos erreurs dans la phase de test pour ensuite mettre en place le scénario idéal dont profiteront tous les futurs élèves."

BOULANGER DE JOUR

“Les formations actuelles ciblent aussi davantage le concept de boulanger de jour. Elles prévoient donc des solutions pour réduire au minimum le travail de nuit en utilisant des nouvelles techniques, des produits précuits, ou des pâtes réfrigérées. Il s'agit d'un aspect très important qui mérite d'être abordé dans les écoles. C'est pour cela que nous proposons aussi un atelier boulangerie à Anvers. Les écoles qui ne disposent pas d'une infrastructure suffisante pour assurer ces formations peuvent utiliser notre atelier."

“Je trouve que tous les professeurs devraient travailler un jour par semaine au moins dans une boulangerie"

POINTS A AMELIORERbakker

"Je constate que de nombreux enseignants ont l'impression de passer un peu à côté de la réalité du métier. Et c'est normal, si vous n'avez jamais l'occasion ou alors très rarement de travailler vraiment dans une boulangerie. Quelqu'un qui enseigne depuis vingt ans et qui n'a plus été pendant tout ce temps en contact avec la réalité du secteur n'a aucune maîtrise des techniques actuelles. Je trouve en fait que tous les professeurs devraient travailler un jour par semaine au moins dans une boulangerie. Cela permettrait de garder le contact avec la réalité,et de donner des cours beaucoup plus adaptés en se basant sur l'expérience acquise dans la réalité du travail. Les élèves ont besoin de beaucoup plus de professeurs comme cela. Naturellement, c'est pas forcément évident de procéder ainsi. Ces dix ou quinze dernières années, les enseignants se sont retrouvés avec beaucoup plus de travail administratif, et il leur reste souvent peu de temps pour d'autres choses. Mais si vous avez l'occasion de le faire, je le recommande vivement."

UN TRAVAIL SANS DIPLOME

“Depuis peu, il n'est même plus nécessaire de disposer d'un diplôme pour ouvrir sa propre boulangerie. Et je trouve que c'est dommage, car quelqu'un qui souhaite ouvrir son propre magasin doit avoir suivi une formation adaptée, non seulement pour le côté professionnel, mais aussi en ce qui concerne l'organisation. Naturellement, il fallait réagir car en Belgique, les habitants étaient discriminés par rapport aux autres citoyens européens qui voulaient ouvrir une boulangerie dans notre pays. Mais je pense que le secteur va mettre au point un système qui permettra de savoir qui dispose ou non d'un diplôme."

Toujours une longueur d'avance

“Je ne pense pas que sur le long terme les choses vont évoluer très positivement. Le risque de faillites pourrait augmenter, et je crains que le secteur n'en souffre. Le temps nous dira quelle tournure prendront les choses, mais je suis convaincu qu'une personne qui a suivi une bonne formation aura toujours une longueur d'avance sur ceux qui n'ont pas eu leur diplôme."

SECURITE DE L'EMPLOIbakkerij opleiding

“Normalement, je devrais annoncer une sécurité d'emploi de 100% pour les boulangers diplômés puisqu'il s'agit d'un métier en pénurie. La réalité est toute autre. Beaucoup de boulangeries recherchent du personnel, mais les jeunes ne répondent pas au profil recherché pour la plupart. Les boulangeries recherchent du personnel expérimenté qui pourra directement travailler de manière efficace dans l'atelier avec le reste du personnel. Pour ceux qui sortent de l'école, ce n'est pas forcément chose simple de décrocher un premier emploi. Mais cela n'est évidemment pas propre à notre secteur. C'est pourtant au boulanger de donner une chance aux jeunes d'acquérir de l'expérience. Après deux ans, il aura alors quelqu'un qui est parfaitement à sa place dans l'atelier."

Mauvaise mentalité

“Et parfois, ce sont les jeunes qui ne sont pas dans le bon état d'esprit. S'ils ne veulent pas devoir travailler le week-end et manquent de flexibilité, cela va évidemment être beaucoup plus compliqué pour eux. Mais si ils veulent vraiment travailler, ils finiront par trouver. Parmi les diplômés, 50% environ travaillent en boulangerie, artisanale ou industrielle, et d'autres se retrouvent dans des entreprises qui fournissent le secteur - ce qui nécessite aussi certaines qualités et connaissances. Le reste termine dans d'autres secteurs qui n'ont rien à voir avec la boulangerie."

PERSPECTIVES D'AVENIR

“Je vois vraiment d'un bon œil l'avenir des formations en boulangerie grâce au système d'apprentissage double. Naturellement, il y a du pain sur la planche, mais dès que tout sera en place, les étudiants en tireront de nombreux avantages. Je trouve que les écoles ont fait énormément de progrès dernièrement. Elles disposent presque toutes aujourd'hui d'un nouveau bâtiment avec une bonne infrastructure, dans l'air du temps."

Apprentissage continu

“Le secteur a aussi besoin de professionnels et d'enseignants prêts à se former continuellement pour garantir son avenir. Il y a énormément de possibilités proposée via Alimento, mais nous constatons que ce sont souvent les mêmes boulangers qui suivent ces formations gratuites, alors que nous savons que beaucoup d'autres boulangers auraient intérêt à les suivre également. Apprendre toute sa vie durant, même lorsqu'on a acquis une certaine expérience, est vraiment un aspect-clé pour notre secteur."

EN QUOI CONSISTE L'APPRENTISSAGE DOUBLE?

L'apprentissage double s'adresse aux étudiants à partir de 15 ans qui vont davantage apprendre en entreprise, pour obtenir leur qualification et être mieux préparés au marché du travail. Il s'agit d'une formation complète, combinée à l'enseignement secondaire à temps plein. La différence, c'est que l'apprentissage double mise davantage sur l'enseignement pratique en entreprise. Le projet-pilote est actuellement en cours dans 21 options, dans le cadre du projet 'schoolbank op de werkplek'. Quelque 480 élèves de 83 établissements y participent, en étroite collaboration avec les entreprises et le secteur. Le projet-pilote sera étendu l'année prochaine à 55 options. L'ambition du gouvernement flamand va bien au-delà de ce qui ce fait actuellement. Dès le premier septembre 2019, l'apprentissage double sera également organisé dans l'enseignement secondaire spécialisé (BuSo en Flandre) et, à terme, étendu à l'enseignement supérieur et à l'enseignement pour adultes.